Grève massivement suivie dans l'audiovisuel public

Mercredi, 13 Février 2008 17:42
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Unanimes pour la première fois depuis l'éclatement de l'ORTF en 1974, tous les syndicats de France Télévisions ont appelé à la grève, ce mercredi 13 février.

On les comprend. En annonçant, lors de sa conférence de presse du 8 janvier, son intention de supprimer totalement la publicité des chaînes publiques, Nicolas Sarkozy a, en effet, pris le risque de déstabiliser en profondeur le paysage audiovisuel français, ses acteurs, ses personnels et ses productions.

Pourquoi pas ?, dira-t-on. L'idée n'avait-elle pas été évoquée, il y a une vingtaine d'années, par la gauche ? La perspective de voir les écrans des chaînes publiques débarrassés de leurs spots publicitaires n'est-elle pas une utopie séduisante pour bon nombre de téléspectateurs, ulcérés de se voir réduits à "du temps de cerveau disponible" pour les annonceurs, selon la formule célèbre de Patrick Le Lay, l'ancien président de TF1. Comment ne pas se réjouir de voir, demain, les chaînes publiques marquer davantage encore leur différence, se démarquer de la médiocrité trop souvent offerte par leurs concurrentes privées et multiplier les programmes de qualité, les créations originales, l'information exigeante ?

Tout serait donc pour le mieux si le président de la République avait accompagné son annonce d'une claire stratégie industrielle et éditoriale. Or, c'est tout le contraire. Préparée en catimini, improvisée sans consultations approfondies, la "révolution" annoncée par le chef de l'Etat soulève mille questions sans réponses. Dès lors qu'il écarte toute augmentation de la redevance (pourtant la plus faible d'Europe), comment compenser les quelque 800 millions d'euros de recettes publicitaires annuelles de France Télévisions ? Par de nouvelles taxes sur la publicité des chaînes privées ou sur les opérateurs télécoms, ou encore sur les récepteurs ? La confusion est totale, et chacun de ces acteurs a déjà clamé que ce serait absurde ! Comment financer, par ailleurs, les 3 à 4 heures de programmes quotidiens supplémentaires que libérerait la suppression de la publicité ?

Les pouvoirs publics ont beau jurer, la main sur le cœur, que chaque euro de publicité supprimé sera compensé et qu'il n'est pas question de modifier le périmètre des chaînes publiques, tous les doutes sont permis. Surtout quand l'on entend les responsables de chaînes privées affirmer avec aplomb que les télévisions publiques sont peut-être trop nombreuses et pourraient sans problème fonctionner à moindre coût...

De deux choses l'une : ou bien l'exécutif sait où il va, et il est urgent qu'il le dise ; ou bien il a pris le risque de déstabiliser les chaînes publiques sans en mesurer les conséquences. Ce serait d'une coupable désinvolture.

(Source : Le Monde)

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Mis à jour ( Mercredi, 13 Février 2008 17:42 )