
A l'époque, le magazine L'Expansion — qu'on ne peut qualifier de gauchiste — avait critiqué ces gesticulations gouvernementales avec beaucoup d'objectivité, concluant que «le discours qui vise à traquer les fraudes des profiteurs pauvres, comme les RMIstes, permet de mieux faire passer la pilule auprès des classes moyennes».... Ensuite, à l'occasion d'un rapport de l'Urssaf publié en août dernier (comme par hasard en pleine période de vacances : forcément, les JT ne l'ont pas relevé), L'Expansion a également souligné qu'en matière de fraude sociale, les plus gros fraudeurs sont les entreprises.
Pourtant, à écouter Xavier Bertrand, ce sont toujours les particuliers — salariés en arrêt maladie, allocataires du RSA ou du minimum vieillesse… — que l'on pointe du doigt. Or, le montant annuel des petites fraudes aux différentes prestations versées par le régime général de la Sécurité sociale est évalué entre 2 et 3 milliards d'euros (Cour des comptes, 2010). En comparaison, le manque à gagner annuel causé par le travail dissimulé se situe entre 6 et 12 milliards (Conseil des prélèvements obligatoires, 2007).
Pourtant, à écouter Xavier Bertrand, tous les beaux efforts de la DNLF pour gratter ces 9 à 15 milliards que coûterait la fraude sociale à notre Sécu exsangue, toutes branches confondues, ne suffisent pas : le ministre du Travail et de la Santé veut «passer à la vitesse supérieure». Soit.
Mais que fait Christine Lagarde ?
«Passer à travers les contrôles va devenir mission impossible», promet le ministre. Si seulement son homologue de Bercy pouvait en dire autant à propos de la fraude fiscale ! Car celle-ci représente en moyenne, selon les évaluations, quelque 45 milliards d'euros par an de manque à gagner pour les caisses de l'Etat. A côté, la fraude sociale, c'est de la petite bière !
Mais de cette lutte-là pas un mot, pas une déclaration annuelle, aucun volontarisme fermement affiché. Punir les délits financiers ? Traquer l'évasion fiscale ? Vous n'y pensez pas, ma chère : c'est pas le moment de recruter.
Allez comprendre... Avec l'UMP, la lutte contre la fraude est inversement proportionnelle aux montants qui sont en jeu : plus les pertes sont volumineuses et préjudiciables pour l'économie, moins la lutte est vigoureuse; plus les sommes sont modestes, plus l'arsenal répressif est renforcé. Mamie Zinzin et les voleurs en col blanc peuvent, eux, continuer à dormir tranquille.
SH

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