Roux de Bézieux et «le chômage de masse»

Mercredi, 22 Octobre 2008 18:35
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Le président de l'Unedic a estimé aujourd'hui que la France allait connaître «une légère remontée du chômage, entre 7% et 8%» suite à la crise financière, mais qu'elle ne devrait pas connaître de chômage de masse «à court terme».

«A court terme, je ne pense pas — je m'engage avec prudence — qu'on voit ce qu'on appelle un chômage de masse. On est à 7,2%. Les prévisions nous mettent à 7,5%, 7,6%, 7,7% de la population active. Je ne crois pas [au chômage de masse] sur 2009, sauf si on subit une crise terrible avec une décroissance de 2% ou 3%, ce qui n'est pas le scénario actuel», a-t-il minimisé.

Sacré lui ! Quel optimisme ! (Aurait-il dîné avec Christine Lagarde hier soir ?)

Ce n'est pas sérieux ! Quand bien même aurait-il dîné en famille, on rappelle à M. Roux de Bézieux que «le chômage de masse», cela fait trente ans que nous le subissons. Depuis les années 80, il a toujours oscillé entre 8% et 12%. Alors oui : dans ces conditions, un taux inférieur à 8% peut s'assimiler à une performance. Mais c'est aller un peu vite en besogne.

On rappelle tout d'abord à M. Roux de Bézieux que les DOM font toujours partie de la France et qu'avec eux, notre dernier taux de chômage «officiel» était en réalité de 7,6%. Ce score fallacieux s'est largement appuyé sur la précarisation de l'emploi et n'a pas réussi à réduire la pauvreté ou l'exclusion, bien au contraire ! De même, malgré ce «bon chiffre», notre taux d’emploi reste aujourd'hui parmi les plus faibles des pays développés.

Et en attendant le taux Insee/BIT du troisième trimestre qui sera dévoilé le 4 décembre, au mois d'août, selon Eurostat, nous en étions déjà à 8% de chômeurs.

Enfin, M. Roux de Bézieux, il faut vous dire que le chômage, ce n'est pas que des pourcentages mais des êtres humains qui souffrent et des vies brisées. Mais nous supposons que si vous ne dînez pas avec Mme Lagarde, alors vous déjeunez souvent avec Mme Parisot... On comprend mieux d'où vous vient cette tendance à la minimisation des réalités économiques et sociales, et on en devine — hélas — la finalité à l'heure où l'organisme que vous dirigez est l'objet de nombreuses convoitises, que ce soit pour financer le nouveau «Pôle Emploi», résorber le déficit des caisses de retraite, prendre en charge l'allocation de fin de formation ou la généralisation du contrat de transition professionnelle.

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Mis à jour ( Mercredi, 22 Octobre 2008 18:35 )