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Il n'empêche : Nicolas Sarkozy a souligné qu'il s'agit d'un «effort important, compte tenu de la situation budgétaire» de la France. Puisqu'il s'agit d'un «effort important» de l'Etat (1), ce geste ô combien généreux aura sa contrepartie et s'accompagnera d'une «réforme» - comprenez un durcissement - des conditions de perception de l'AAH qui, selon notre président, «peuvent dans certains cas désinciter à l'emploi» ! Car «le but, ce n'est pas d'avoir l'AAH, le but c'est d'avoir un travail»... Eh oui, ce n'est pas de la faute aux employeurs si les handicapés (ou les seniors) sont, plus que d'autres, discriminés à l'embauche. Victimes, plus que d'autres, du chômage et de la précarité, les handicapés sont visiblement aussi fainéants que les chômeurs et les RMIstes : pour Nicolas Sarkozy, c'est une affaire entendue !
Ainsi, un «pacte national pour l'emploi des personnes handicapées» sera lancé le 10 juin prochain. Il aura pour objectif principal «un dispositif plus performant d'accompagnement à l'emploi» dont on se demande s'il sera plus efficace que ce qui se fait déjà dans un marché de l'emploi toujours très dégradé (lire en commentaire), et dans quelle mesure il ne gagnera pas en coercition. Et, puisqu'il faut bien faire mine d'être juste, Nicolas Sarkozy souhaite établir «des règles avec obligation de résultats»… pour les employeurs publics. «Chaque administration qui n'emploie pas 6% de personnes handicapées verra sa masse salariale gelée», a-t-il menacé, en référence au quota fixé par la loi du 10 juillet 1987 et amendée en février 2007 qui impose aux établissements de plus de 20 salariés d'accueillir au moins 6% de travailleurs handicapés.
Ouf : les employeurs du privé, eux, restent épargnés !!! Même si notre président fait mine de s'en indigner, les plus défaillants d'entre eux pourront continuer à payer leur «contribution» à l'Agefiph en toute sérénité...
(1) Bel effort en l'occurrence, quand on sait que «les caisses sont vides» depuis que le gouvernement a voté, l'été dernier, une loi Tepa qui octroie des milliards aux contribuables et propriétaires les plus aisés du pays, que Nicolas Sarkozy a ensuite revalorisé son propre salaire de 172% et qu'il vient de recruter une pléthore de secrétaires d'Etat grassement payés.
=> Samedi 29 mars à 13H, les associations de personnes handicapées appellent à un rassemblement place de la République à Paris : lire en commentaire…
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Commentaires
Si, en apparence, les entreprises rattrapent doucement leur retard dans le recrutement de travailleurs handicapés, elles leurs réservent le plus souvent… des emplois précaires.
Rappelons que le taux de chômage des actifs handicapés reste très élevé : il était de 17% en 2006.
Rappelons également que s'il oblige les entreprises, l'Etat, lui, n'en emploie que 3,69% (avec une palme spéciale pour Matignon)…
Cette petite augmentation du nombre de travailleurs handicapés s'est accompagnée d'une plus grande précarité de l'emploi. Effectivement, en équivalent temps plein (nombre total d'heures travaillées divisé par la moyenne annuelle des heures travaillées dans des emplois à plein temps sur le territoire économique), la hausse se révèle bien moindre : en 2004, elle est de 3,5% et le taux d'emploi de 2,7% seulement.
A âge et diplôme comparables, ces salariés sont de plus en plus souvent employés en contrats courts, sur des postes à temps partiel ou à durée très réduite : ainsi, près de 48% des handicapés en CDD ont travaillé moins d'un mi-temps en 2004 contre 40% en 2000. Et les handicapés en CDI à temps plein sont de moins en moins nombreux : 72,4% en 2004 contre 77% en 2000. De plus, cette étude du ministère de l'Emploi n'aborde pas les rémunérations octroyées, qui sont certainement très en dessous de la moyenne.
Ce sont les grandes entreprises qui les emploient plus volontiers. Quant aux établissements qui dérogent à la loi malgré son "renforcement" en 2005, ils préfèrent verser leur "contribution financière" à l'Agefiph (Association pour la gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées) et au FIPHFP (Fonds pour l'insertion des personnes handicapées dans la fonction publique), de la même façon que certaines communes préfèrent payer des amendes plutôt que de développer leur parc de logements sociaux (loi SRU) ou que les grands partis politiques préfèrent payer des amendes plutôt que d'avoir plus de femmes dans leurs instances dirigeantes (loi sur la parité). Ainsi se poursuit l'hypocrisie autour de la lutte contre la discrimination ! Répondre | Répondre avec citation |
En effet, en 2007, celui-ci s'était écrié : «Dans la cinquième puissance du monde, le minimum vieillesse et l'allocation pour adulte handicapé ne sont même pas au niveau du seuil de pauvreté. Pouvons-nous l'accepter ?» Et il avait promis, d'ici 2012, une revalorisation de 25% de l'allocation adulte handicapé. Eh bien, en 2008, il semble très bien l'accepter, puisqu'au 1er janvier cette allocation n'a été revalorisée que de 1,1% pour atteindre… 628,10 € mensuels.
Il est bien sûr impossible de s'en sortir avec si peu et comme le dit un handicapé : «On survit ! Hors de question de prendre une voiture, d'emprunter aux banques ou de louer un logement.» D'après les associations de handicapés ils étaient, fin 2006, près de 700.000 à "survivre" avec si peu.
C'est pourquoi elles demandent la création d'un revenu de remplacement d'un montant au moins égal au Smic brut et indexé sur celui-ci. Elles rappellent l'urgence de ces mesures au moment où la hausse des prix des produits de première nécessité et les franchises médicales diminuent encore plus le pouvoir d'achat des handicapés, comme de toute la population.
www.nipauvrenisoumis.org Répondre | Répondre avec citation |