L'étude "Revenus et patrimoines des ménages", publiée en juillet par l'INSEE en toute discrétion, révèle que le taux de Français vivant sous le seuil de pauvreté - fixé à 60% du revenu médian - a augmenté en 2005 par rapport à l'année précédente (11,7 %). Soit la première hausse significative depuis 1970 où ce taux était de 17,9% et si l'on excepte la brusque remontée de 2000 (12,7%).
En clair : 12,1% de Français, c'est 7,55 millions de personnes qui survivent avec moins de 817 € par mois. A 50% du revenu médian, ils sont 6,3% soit près de 4 millions. En 1970, l'écart entre les deux seuils n'était que d'un tiers : aujourd'hui, à quelques euros près, on passe du simple au double.
«Le silence qui accompagne la publication de ces données est toujours surprenant. Pas un journal ne les a reprises. Pas un acteur social ne s'en est saisi. Pas un responsable politique ne s'en est ému», s'étonne le Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté. Nous qui, chaque jour, décortiquons soigneusement la presse afin d'alimenter ce site, ne sommes nullement étonnés : depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, nous avons le sentiment - et même la certitude - que la qualité et la quantité des informations de ce type se sont, elles aussi, considérablement appauvries.
Articles les plus récents :
- 11/09/2007 01:13 - Même les stars n'échappent pas à l'Assedic !
- 06/09/2007 21:27 - Les chômeurs, boucs émissaires de Nicolas Sarkozy… le malhonnête !
- 04/09/2007 15:41 - «L'assurance chômage n'est pas une rente»
- 04/09/2007 11:33 - Les Français travaillent moins et mieux
- 02/09/2007 13:29 - Parisot, la retraite et l'emploi des seniors
Articles les plus anciens :
- 31/08/2007 19:32 - 35 heures : le PS continue de se désavouer
- 31/08/2007 11:08 - Sarkozy veut dépénaliser le droit des affaires
- 30/08/2007 06:44 - Fusion ANPE-Unedic : c'est pour bientôt
- 29/08/2007 07:58 - Pouvoir d'achat : petites annonces et effets de manche
- 28/08/2007 14:35 - On n'est pas des bêtes !
Commentaires
Durant plus de deux heures, l'ancien président d'Emmaüs a répondu aux questions des militants du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), un moment attendu de leur université d'été qui se tenait de mercredi à samedi à Ruynes-en-Margeride, en présence d'une centaine de représentants issus de diverses associations.
Qualifiée "d'idée qui tient la route" par Martin Hirsch, le RSA est destiné à permettre aux bénéficiaires de minima sociaux de retourner vers l'emploi sans baisse de revenu.
Maguy Lalizel, 55 ans, elle, "n'y croit pas", "malgré la bonne volonté" affichée par le haut commissaire. "Les gens ne choisissent pas de rester longtemps RMIstes ou de prendre un travail à temps partiel. Combien de temps vont-ils pouvoir bénéficier du RSA ?", s'interroge cette "ancienne" de Moulinex, licenciée en 2001 et qui "survit" depuis avec moins de 1.000 € mensuels d'allocations chômage.
"C'est encore l'Etat qui prend tout en charge", déplore Zali Mansoibou, travailleur social sans emploi de 35 ans. "Les entreprises doivent aussi prendre leurs responsabilités en termes de charges sociales. Le travail doit être rémunéré par le seul salaire et pas complété par une subvention", poursuit-elle, fustigeant les hommes politiques "qui nous ont seriné plusieurs mois avec la valeur travail".
"Je demande le bénéfice de la tentative", s'est défendu M. Hirsch, dont "l'utopie" a touché Jean-Louis Jutant, la cinquantaine et chômeur depuis 6 ans à Caen. "Je crois Hirsch quand il dit qu'il veut sortir les gens de la m… Pour moi, je suis prêt, au bénéfice du doute, à le soutenir. A une seule condition : que les gens qui vont accepter de passer par le RSA aient un véritable travail derrière", lance-t-il.
"Une vie de chômeur, c'est une sale vie mais faite d'espérance", renchérit Gérard Le Chantre, 70 ans. Son voisin, Fabrice Le Saouter, 54 ans, est le seul à dire publiquement "vouloir essayer" le RSA. "J'ai refusé des emplois parce que je perdais de l'argent", affirme cet ancien typographe, aujourd'hui "totalement dépendant" des allocations sociales.
L'expérimentation sur 27 départements au total, selon les derniers chiffres délivrés par M. Hirsch, du RSA, dont le texte a été voté par le Parlement le 1er août dernier, concernera 90.000 personnes et coûtera 1.000 à 2.000 € par personne. Sa mise en place est souhaitée pour la fin 2008.
(Source : 20 Minutes) Répondre | Répondre avec citation |
C'est que, à la différence des privilèges corporatistes, la cause des pauvres n'a pas de bruyants défenseurs ; en outre, la réforme lancée par Martin Hirsch, haut-commissaire aux Solidarités actives, procède délibérément par étapes, s'appuyant sur l'expérimentation et évitant sagement les effets d'annonce. On ne jugera donc qu'à la fin du quinquennat si la promesse de Nicolas Sarkozy - faire diminuer le nombre de pauvres de 30% en cinq ans - a été tenue.
En France, la pauvreté s'est imposée assez tard dans le débat politique. C'est un «risque» qui n'avait pas été pris en compte, dans les années d'après-guerre, par les concepteurs de la Sécurité sociale. Les dispositifs se sont construits par bribes - aide sociale, allocations diverses - jusqu'à la création du RMI en 1988. Plus récente encore - elle date à peine du début de la décennie - est la découverte de l'existence en France d'une catégorie de «travailleurs pauvres».
Jusque-là, la vulgate économique courante considérait que le tribut payé à la mondialisation et à la concurrence des pays à bas salaires prenait des formes différentes selon le degré de libéralisme des économies : en France, en raison du niveau du Smic, il se traduisait par un chômage élevé ; aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, par la masse des travailleurs pauvres. Il a fallu déchanter quand on s'est avisé que, chez nous aussi, cette catégorie était loin d'être marginale : selon Eurostat, la proportion de pauvres parmi les actifs en France (8%) est nettement plus forte qu'en Grande-Bretagne (6%), et dépasse même la moyenne européenne (7%). Un article remarquablement précis de Julien Damon, du Centre d'analyse stratégique (CAS), dans le numéro de septembre de la revue «Futuribles», donne la mesure du phénomène. Si l'on prend la définition européenne de la pauvreté (revenus inférieurs à 60% du revenu médian du pays), le nombre de pauvres parmi les actifs est de l'ordre de 1,6 million (chiffre 2004) : il est près de deux fois supérieur à celui des «chômeurs pauvres» (de 800.000 à 900.000). Réalité encore plus déconcertante : 30% des SDF exercent une activité rémunérée.
Quand un mal jusqu'ici ignoré est révélé au grand jour, on le prend souvent pour une épidémie récente et galopante : on a ainsi longuement glosé sur «l'explosion de la pauvreté au travail». C'est faux : le nombre d'actifs pauvres a diminué de plus de 200.000 personnes depuis 1996, selon l'INSEE. Qu'il s'atténue ou reste stable, le phénomène reste massif et particulièremen t choquant à un moment où on ne parle, à droite comme à gauche, que de «revaloriser le travail». La tâche de Martin Hirsch n'est donc pas seulement d'encourager la sortie du chômage en aplanissant les obstacles à la reprise d'emploi. Elle est aussi de faire en sorte que, pour une catégorie beaucoup plus vaste de la population, «le travail paie».
(Source : Les Echos) Répondre | Répondre avec citation |
Certains la choisissent "absolue" : moins de 1 ou 2 dollars par personne et par jour, par exemple, pour les pays en voie de développement (critère Banque mondiale). D'autres avancent une évaluation relative qui permet, dans certains pays développés, de déclarer pauvre tout ménage dont les revenus sont en dessous… du seuil de pauvreté.
On fixe celui-ci généralement à 60% du revenu médian du pays (le revenu qui partage la population en deux parties de même effectif) c'est-à-dire, en France en 2005 : 817 € pour une personne seule ou 1.716 € pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Bien sûr, tout cela est bien théorique. Et à cette mesure strictement monétaire, certains préfèrent une analyse qualitative des conditions de vie : le chauffage du logement, l'alimentation, l'habillement, les loisirs, l'endettement… voire l'inventaire du patrimoine.
IPSOS et le Secours Populaire se sont justement intéressés à la question du point de vue subjectif. Et qu'ont-ils trouvé ? Que près d'un Français sur trois déclare avoir connu une situation qu'il considère de pauvreté. Et que la moitié dit connaître quelqu'un dans cette situation actuellement. Evidemment, ce ne sont que des sentiments, et le seuil de pauvreté fixé au jugé par les sondés (1.016 € pour une personne seule, soit le Smic net mensuel) apparaît plus élevé que la norme statistique.
Chacun semble avoir intégré le niveau de vie global : ne pas pouvoir envoyer son enfant en vacances au moins une fois par an est considéré comme un critère de pauvreté (pour les trois quarts). Tout comme ne pas pouvoir accéder à des biens culturels ou de loisirs (pour 69%). Ou ne pas pouvoir payer seul son loyer (pour 85%).
Fragilité sociale
A gratter ce sondage publié en septembre, un autre "sentiment" vient frapper. Celui de ne plus pouvoir compter sur personne. Ou, pour être plus exact, d'exprimer un doute. Quatre Français sur dix disent ainsi qu'en cas de coup dur ils n'ont pas la certitude de pouvoir disposer d'une aide alimentaire et d'un endroit pour se loger, même sur une courte période. 16% en sont sûrs, 25% ne savent pas.
Cet aveu de fragilité sociale, dominant chez les plus âgés ou les moins diplômés, emboîte le pas aux dommages collatéraux du chômage, craint ou subi. On sait qu'être chômeur, c'est parler moins avec autrui (7,7 interlocuteurs par semaine, contre 9,7 pour les actifs employés, source INSEE - 1997), exprimer plus fréquemment un sentiment de solitude ou d'ennui (INSEE - 2003), moins rencontrer ses amis ou sa famille (une fréquence 40% inférieure à celle d'un salarié ayant un emploi stable, source Credoc 2003-2005), vivre moins souvent en couple (34% des chômeurs et des contrats précaires sont célibataires contre 18% des salariés en CDI, source Credoc). Toute chose qui s'accentue avec la répétition des périodes d'inactivité.
Car l'isolement appelle l'isolement. Et les enquêtes du Credoc, que ce soit il y a vingt-cinq ans ou maintenant, montrent que la demande d'aide à la famille et aux amis s'effrite sensiblement à mesure que l'individu traverse un nombre important de périodes de chômage : pour les chômeurs ayant connu plus de trois fois le chômage au cours des dix dernières années, s'ils devaient se retrouver sans ressources, 37% s'adresseraient d'abord à leurs proches tandis que 57% feraient d'abord appel aux institutions sociales (bureaux d'aide, mairie, assistance sociale).
D'où la nécessité, pour les pouvoirs publics, de lutter sur plusieurs fronts contre ce que le sociologue Robert Castel appelait la "désaffiliation sociale", concept plus large et plus "dynamique" que le seul concept de pauvreté.
(Source : Le Monde) Répondre | Répondre avec citation |